Fermer

"Face au changement climatique l'arbre est l'axe entre le ciel et le sol", Jean-Marie Deshoux

La sagesse paysanne viendrait du Sud  ?

En 2011, les pluies ont été globalement déficitaires en France et la sécheresse s’est manifestée dans maints départements. Les agriculteurs sont inquiets. La crainte intervient dans un contexte mondial déjà affecté en 2010 par des incidents climatiques. Les sécheresses météorologiques seront plus fréquentes et plus intenses au cours des décennies à venir. Quels que soient les modèles retenus, les sécheresses augmentent.

Un autre constat s’impose : notre agriculture est encore trop représentée par la monoculture, exigente en eau, engrais minéraux voire d’origine animale – qui reviennent… – et pesticides. Epuisés, maltraités, les sols français, parmi les plus fertiles de la planète se meurent pourtant.Enfin, l’arbre qui autrefois faisait partie intégrante du système productif disparaît peu à peu de la Surface Agricole Utile pour se limiter à des boisements parcellaires, des friches, malheureusement non exploitées.

Ne faudrait-il pas mieux privilégier une agriculture environnementale, une agro-écologie ou « agrologie » en réintroduisant l’arbre dans les parcelles, en utilisant ses sous-produits pour enrichir la vie microbienne des sols, reconstruire les trames vertes, repenser la qualité des produits agricoles.

Mais sommes nous prêts à changer pour autant nos habitudes et notre relation aux écosystèmes ? La majorité répondrait positivement, certains seront même disposés à d’importants changements afin de réduire leur consommation d’eau. D’autres choisissent le déni et l’abandon, se disent : puisque c’est foutu, autant en profiter maintenant…et préféront penser qu’ils ne voient pas les solutions.

Ces signaux de la sécheresse française de 2011 sont un appel supplémentaire à nous rapprocher de ces petits producteurs qui, de par le monde, affrontent et trouvent des solutions face aux calamités et signaux liés au changement climatique auxquels ils sont plus exposés.

L’Afrique est la région la plus vulnérable aux impacts défavorables du changement climatique, et n’a qu’une faible capacité d’adaptation. Le Ghana par exemple a subi ses dernières années à la fois une grave sécheresse et de fortes inondations. L’agroforesterie était une méthode de culture traditionnellement très pratiquée au Ghana, mais la pression de plus en plus forte sur les terres a conduit de nombreux agriculteurs à supprimer les arbres de leurs parcelles pour planter des cacaoyers, en monoculture. Aujourd’hui, à l’échelle locale, en particulier dans la région Ashanti, la déforestation du territoire à entrainé une diminution des pluies, de la capacité de rétention des sols, et les rivières sont fréquemment à sec pendant la saison sèche.

Dans la coopérative Kuapa cocoa,  65 000 producteurs ont choisi comme slogan « Pa Pa PAA », ce qui veut dire « de la meilleure qualité ». Que font-ils pour cela ? Une combinaison de plusieurs espèces est plantée avec les cacaoyers, afin de récréer au mieux une biodiversité variée permettant la régénération des écosystèmes naturels, et afin de lutter contre la propagation des maladies telle que celle observée à grande échelle pour le cacao dans les année 1970.Autre exemple, en Thaïlande où la hausse des températures a aussi été associée à un décalage de l’arrivée des pluies qui, au cours des dix dernières années, sont survenues de plus en plus tard…pour finalement cette année générer des inondations. Là bas encore, l’arbre a quitté les exploitations au profit de la mécanisation de la culture du riz et au détriment de l’équilibre écosystémique (Cf. édito). L’arbre y revient peu à peu grâce à des initiatives de coopératives, villages, monastères, écoles et associations du Nord et de l’Est de la Thaïlande, organisés en comités, qui planifient et participent spontanément ou avec l’aide de la famille royale ou du gouvernement à des activités de plantation, de maintien des sols, de coupes anti-feu ou à l’ordination d’arbres, avec l’aide des moines, afin de protéger leur forêt communautaire.

Notre vulnérabilité face au changement climatique, notre dépendance aux services rendus par les arbres nous relient à ces producteurs et à l’idée de qualité des productions agricoles.  La solidarité s’enracine dans la durée. L’arbre et la forêt, dont on célèbre encore en ce mois de décembre l’année internationale, préservent la ressource en eau, limitent les stress hydriques. Poursuivre une agriculture de court terme est une myopie. Réintroduire l’arbre est à moyen long terme la garantie de l’intérêt général en intégrant des contraintes de long terme comme celles du changement climatique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fermer