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L’agriculture biologique : faire sans la chimie, et beaucoup plus encore.

Tristan Lecomte parle de son expérience de l’agroforesterie.

ExtraitsEt si on remontait dans l’arbre ?, Tristan Lecomte, octobre 2015, édité par La Mer Salée

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Je n’ai jamais compris pourquoi il est dit nécessaire de se servir des phyto. À la Pure Ferme*, nous n’en avons jamais utilisé et nous avons des rendements équivalents ou supérieurs aux fermiers des alentours qui en utilisent. L’agriculture biologique serait moins productive à l’hectare ? Partout dans le monde, j’ai travaillé avec des coopératives d’agriculteurs certifiées bio : ils n’utilisent aucun phyto, depuis 10, 20 ans ou plus et, en maîtrisant la gestion de leurs écosystèmes, ils produisent plus à l’hectare qu’en production conventionnelle. Qui plus est, leurs pratiques entraînent des coûts en intrants plus faibles et des prix de vente supérieurs : le résultat net est donc bien plus élevé.

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Ainsi au Pérou les producteurs de cacao de l’Alto Huayabamba produisent 800 kg de cacao en moyenne et jusqu’à 1,5 à 2 tonnes de cacao à l’hectare, 100 % en bio, et suivant des modèles agroforestiers. C’est un rendement très élevé. C’est 30 à 50 % de plus que les producteurs conventionnels de cacao de la même région. À à peine 20 kilomètres à vol d’oiseau, ils enregistrent seulement 600 à 800 kg de cacao produits à l’hectare. Pourtant, ils utilisent des produits phytosanitaires. Mais leur mode de production quasi monocultural, sans ombrage ou avec un ombrage et une combinaison agricole limités, a engendré une dégradation de leur écosystème tel que même avec 3 tonnes d’engrais à l’hectare, ils n’obtiendraient pas forcément mieux. Et ce cas se retrouve partout. Au départ, les fertilisants chimiques ont fonctionné, tout en engendrant un appauvrissement progressif des ressources naturelles, aggravé par les pratiques monoculturales et de rationalisation (coupe des haies et autres), afin de moderniser l’agriculture.
En Côte d’Ivoire, chez les petits producteurs conventionnels de cacao, le rendement moyen est de 400 kilos/ha, tellement leur écosystème est dégradé et la gestion de leurs parcelles peu durable. Il n’y a plus ou très peu d’arbres d’ombrage ainsi que peu de matière organique sur le sol, qui est donc sec et érodé.

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Au Pérou encore, les producteurs de café d’Oro Verde produisent 1,2 à 1.8 tonne de café par hectare, également en bio à 100 %, soit nettement plus que leurs voisins conventionnels (800 kg à 1,2 tonne à l’hectare), qui n’utilisent pas de pratiques de régénération de leur écosystème, pensant que les phytosanitaires suffisent.

La vraie question, d’ailleurs, n’est même pas entre bio et non bio, mais entre une vision linéaire d’un côté et écosystémique de l’autre : souhaite-t-on réintégrer l’agriculture dans la nature ou bien la conserver dans une vision « hors-sol » sur bien des points ?

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Certes, les coûts en bio sont plus élevés quant à la main d’œuvre pour l’entretien des parcelles, mais les intrants utilisés (compost, lombricompost, purin d’ortie, marc de raisin, consoude, fumier, lisier, vinasse de betterave, bouillie bordelaise…), généralement produits sur la ferme par le fermier lui-même, ne coûtent rien, ou un prix marginal. Même sur le marché, les intrants naturels sont généralement vendus moins chers que les intrants chimiques, et le prix de ces derniers a tendance à augmenter parallèlement au prix du pétrole (notons qu’il faut 3 tonnes de pétrole pour fabriquer 1 tonne de fertilisants).
Globalement le producteur bio qui applique des pratiques agroécologiques produit donc au moins autant, voire plus, avec des rendements croissants (son écosystème s’enrichit), et des coûts d’intrants réduits (ils passent en moyenne de 30 % à 10 % de son chiffre d’affaires).
Surtout, il est intéressant de constater que les agriculteurs bios se sont réapproprié leur rapport à la nature et à leur métier, là ou beaucoup d’autres en sont réduits à pulvériser des phytos chaque fois qu’ils sont confrontés à un problème. Il y a une vraie satisfaction à produire en bio. Étymologiquement, bio signifie vivant (ce qui sous-tend la définition des autres productions alimentaires). En fait, cela veut juste dire travailler avec la nature, le plus naturellement du monde.

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Il y a une forme de pensée unique qui veut nous faire croire que le bio c’est anecdotique, voire une « exception » ou une mode, mais c’est pourtant la manière dont on a toujours cultivé, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. De fait, c’est l’agriculture conventionnelle, utilisatrice de produits chimiques, qui est une exception dans l’histoire (depuis les années 1960 seulement), pas l’agriculture biologique. Voilà qui relativise pleinement la notion de pratique alternative.

Je contribue à un projet agroforestier péruvien.

* Tristan Lecomte a monté la Pure Ferme en 2011 pour en faire un projet pilote. C’est une petite ferme de 4 hectares, dans le nord de la Thaïlande, dans la région de Chiang Mai.

Crédits photographiques : PUR Projet / Christian Lamontagne

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