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A la rencontre des initiatives qui font du bien – ChangeNOW Summit 2018

Faire du changement une réalité, maintenant ! C’est le motto du ChangeNOW International Summit qui rassemble depuis deux ans des individus inspirants (et fortement inspirés) qui viennent mettre en lumière des solutions apportées aux défis du XXIème siècle. Même si, pour citer l’historien Yuval Harari, “nous n’avons aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde en 2050”, nous savons qu’il est primordial de transformer notre façon de penser, de vivre et de consommer si nous voulons atteindre d’ici 2030 les objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

C’est donc là qu’interviennent les acteurs du changement, ces personnes, vous, peut-être, qui ont eu l’intuition de repenser des modèles et de se lancer dans des initiatives brillantes, car transformatives. L’innovation pour avoir un impact positif sur les Hommes et la planète, chez PUR Projet, ça nous parle. Cependant, curieux et insatiables, nous avons voulu en savoir davantage et rencontrer les héros d’aujourd’hui qui vont changer le monde de demain.

Petit tour d’horizon des initiatives positives qui font du bien.

Le rendez-vous est donné à 9h pétante devant le parvis de la Station F. L’événement se veut être zéro déchet, nous récupérons donc des badges imprimés sur du papier de pierre par la startup hollandaise On the Rocks. Le papier de pierre est considéré comme une possible alternative verte à notre papier traditionnel. Sa composition exclut l’emploi des produits chimiques normalement utilisés pour extraire la fibre de cellulose du bois. Elle ne nécessite pas plus l’utilisation des produits blanchissants (chlore, etc.) qui sont la cause principale de la pollution de l’industrie papetière. En plus, il est biodégradable, à raison d’une exposition au soleil entre 12 et 18 mois. Avant le début des conférences, petit détour par les toilettes, où nous sommes interloqués par Piipee, une start-up brésilienne qui a traversé l’Atlantique pour nous faire découvrir son concept : un produit à base d’extraits de plantes et de bicarbonate de soude qui neutralise la couleur et l’odeur de l’urine, supprimant ainsi la nécessité de tirer la chasse d’eau. Une option plus radicale que les toilettes écologiques, qui consomment trois fois moins d’eau que les procédés traditionnels. Un petit tour au bar à eau (pas de bouteilles en plastique) et nous sommes fin prêts.

Dans la matinée, nous participons à deux conférences. La première, en partenariat avec CITEO, traite des nouvelles formes de packaging pour en finir avec la pollution plastique. La seconde, en partenariat avec Kering, nous éclaire sur les enjeux d’une mode plus responsable.

Nouveaux emballages, la fin de la pollution plastique

“A chaque fois que nous achetons quelque chose, nous faisons un choix pour notre futur” (Laure Cucuron, General Manager Europe de Terracycle)

Recyclables, compostables, réutilisables, ou comestibles : les emballages de nos produits de consommation doivent se réinventer. Cette transition vers la fin de la pollution plastique n’est possible que grâce au consensus d’un grand nombre d’acteurs : les gouvernements pour une prise de conscience globale du problème, les leaders de l’industrie pour repenser leur business model notamment à l’étape de conception des produits, les municipalités pour mettre en place des moyens plus simples de faire son tri, et les consommateurs pour des achats plus durables et une meilleure gestion de leurs déchets. Sur la scène, la start-up DoEat représentée par Hélène Hoyois, nous parle de ses emballages ECOmestibles, à base d’eau et de fécule de pommes terre, design et 100% comestibles.

“Il faut désormais penser les emballages comme une peau d’orange, décomposables en quelques mois” intervient Daphna Nissembaum, CEO de TIPA. Le concept est de proposer des emballages à base de biomatériaux, qui ont la texture et l’aspect du plastique, mais qui au final… sont entièrement compostables. La technologie est prête, il n’y a plus qu’à passer à l’action. Chez Terracycle, représenté par Laure Curcuron, on pousse plus loin la solution du recyclage en offrant des programmes de recyclage (aux entreprises, aux écoles,…) pour certains emballages spécifiques qu’il est normalement plus complexe de recycler.

La prise de conscience du problème de la pollution plastique est enthousiasmante : depuis 2016, plus de 60 pays ont déjà interdit les plastiques à usage unique et imposent des taxes sur les packagings non recyclables. Dans le secteur privé, on se réjouit aussi de la vision des startups présentes à ChangeNow dont l’ambition est d’en finir avec le recyclage du plastique grâce au développement de méthodes durables tout aussi performantes.

La mode durable

Dans la mode, la durabilité n’a pas à être moins énergique, moins dynamique, ou moins drôle, elle doit seulement être la norme.(Saba Gray, Fondatrice et PDG de Bioglitz)   

Responsable de 10% des émissions de CO2, de la pollution de 20% des ressources d’eau douce et apportant 15 millions de tonnes de déchets dans les décharges chaque année dans le monde, l’application  des principes du développement durable à l’industrie du textile et du luxe est aujourd’hui une vraie nécessité. Et le groupe de luxe Kering a pleinement intégré ces problématiques dans sa stratégie de développement en se positionnant comme véritable leader dans le secteur de la RSE. Directrice du développement durable et des affaires institutionnelles internationales de Kering, Marie-Claire Daveu nous explique alors la stratégie du groupe à horizon 2025 : l’approche se veut holistique en intégrant un volet environnemental (objectifs de diminution de 20% de l’empreinte écologique notamment grâce à une diminution de moitié des émissions de gaz à effet de serre), un volet social (égalité des sexes, audits de fournisseurs sur les aspects sociaux) et un volet économique et innovation (encourager l’innovation et l’émergence de nouveaux business models). Des objectifs innovants et ambitieux dont l’atteinte semble  nécessiter la fabuleuse capacité des startups et des incubateurs à générer de l’innovation de rupture. Ce besoin en innovation extérieure a clairement été identifié par le groupe qui a su réagir en devenant premier partenaire fondateur de l’accélérateur « Plug and Play – Fashion for Good », représenté par sa directrice Isabelle Laurencin, et d’où ont émergé des jeunes entreprises aujourd’hui partenaires du groupe. C’est par exemple le cas de la start-up Worn Again qui a développé un nouveau procédé d’ « upcycling » des textiles non réutilisables, des bouteilles plastique et d’emballages divers pour les retransformer en matière première textile. D’autres innovations insolites portées par les startups Pili, utilisant des micro-organismes pour produire des colorants durables, ou par Bioglitz, produisant des paillettes biosourcées, semblent marquer la fin d’une ère où l’innovation pour le développement durable n’était que trop peu pratiquée par les acteurs de la filière fashion.

L’après-midi, après avoir dégusté les délices culinaires proposés par les mamas de Meet my mama, nous poursuivons notre exploration des initiatives durables. Nous assistons à une première session “Tech for Good”, en partenariat avec Accenture, pour parler de la technologie au service des ODD. Nous découvrons plus tard l’univers du financement de l’innovation à impact positif.

Tech for Good

“Nous avons planté 10 millions d’arbres avec PUR Projet depuis 10 ans. L’objectif est d’en planter 50 millions d’ici 3 ans, 250 millions d’ici 5 ans. Et pour cela, blockchain for good est une solution.” (Tristan Lecomte, Cofondateur de PUR Projet et de Tree Token)

Cette conférence nous a permis de faire un focus sur le potentiel en termes d’impacts positifs que permet la blockchain, dans le cadre des objectifs de développement durable. En guest star, Tristan Lecomte, fondateur de PUR Projet, est venu parler de Tree Token, la nouvelle plateforme de désintermédiation de la finance d’impact, qu’il lance cette année. Il y a une tendance de fond qui se développe de plus en plus dans le monde de la finance : les investisseurs sont eux aussi en quête de sens et veulent diversifier leurs investissements en choisissant des projets à impact positif, sociaux et environnementaux. Avec Tree Token, les investisseurs peuvent investir dans des projets agroforestiers, partout dans le monde, afin de permettre à des petits producteurs d’augmenter leurs rendements et de supporter moins de risques. Et la blockchain dans tout ça ? L’avantage numéro 1 de cette technologie est liée à la transparence et la décentralisation de l’information, car celle-ci doit être validée par le réseau tout entier. Sur la plateforme, les investisseurs pourront suivre les flux de la France vers le projet dans lequel ils ont investi. La réalité est aussi qu’aujourd’hui la mesure d’impact des projets “non financiers” est difficile. La blockchain peut être une solution.

Nous avons écouté d’autres belles initiatives, telle que celle d’Impak Finance, une start up canadienne co-fondée par Paul Allard et qui récompense, via une cryptomonnaie (les Impak coins), les achats responsables des consommateurs. La plateforme centralise en amont des entreprises qualifiées (épiceries zéro déchet, produits ménagers biodégradables, vêtements éthiques,…). La place de marché créée par Impak Finance grandit au fil du temps, pour une économie d’impact toujours plus forte.

Enfin, avec Eva Sadoun, nous en avons appris plus sur LITA.co, une plateforme qui permet à chacun d’investir en ligne dans des entreprises à vocation sociale, sociétale ou environnementale, à partir de 100 euros. Et sur FEST (France Eco Social Tech), une plateforme qui fait converger le monde de la technologie et celui de l’innovation sociale et environnementale. C’est jouissif de voir tant d’acteurs collaborer et partager leurs compétences pour atteindre un vrai niveau d’impact, “changer d’échelle”.

Session investissement et finance d’impact

La finance d’impact permet d’allier l’obtention d’un impact sociétal et environnemental mesurable à une rentabilité financière.(Haakon Brunell, Co-fondateur et Président Directeur Général de Katapult Accelerator)

Peut-on allier le monde de la finance et celui de l’impact positif ? La question était au coeur des échanges lors de la session sur l’investissement et la finance d’impact au ChangeNow Summit. Elle débute énergiquement par l’arrivée en scène d’Alexandre Terrien, co-fondateur de la start-up Future Positive Capital. Gérant de la société d’investissement de capital à risque dans des solutions technologiques et scientifiques à impact positif, il rappelle aux investisseurs présents dans la salle l’énorme besoin en financement ressenti par les entrepreneurs et les innovateurs de ce secteur et martèle les immenses opportunités de business que représentent les défis globaux du 21ème siècle.

Bien conscient que l’atteinte des objectifs de développement durable pourrait représenter plus de 13 000 milliards de dollars de revenus annuels dans le secteur privé à partir de 2030, Stephen Forte a décidé d’en faire son métier. Entrepreneur en série, aujourd’hui associé au fond d’investissement à impact positif Fresco Capital, il nous rappelle que les énormes changements en cours dans le monde rendent obsolètes certaines des institutions les plus reconnues, laissant ainsi aux entrepreneurs modernes toute la chance de faire rayonner leurs innovations à impact positif. Pour répondre aux besoins de cette nouvelle génération d’entrepreneurs, des méthodes de financement tout aussi innovantes telles que la blended finance ou l’equity-based crowdfunding, adaptées aux spécificités de l’entreprenariat à impact, se démocratisent dans ce secteur dont le futur semble être extrêmement  prometteur.

Au deuxième jour du ChangeNow Summit, la station F en ébullition continuait d’accueillir conférences, rencontres entre professionnels, investisseurs et entrepreneurs, et pitchs de startups. Parmi les conférences sur l’éducation et la formation des acteurs du changement, sur les carrières dans le développement durable et l’impact positif, et sur l’économie circulaire, celle sur l’entrepreneuriat au service de la biodiversité a particulièrement retenu notre attention.  

Des entrepreneurs pour la biodiversité  

“Ne sous estimez jamais le pouvoir du moustique : personne n’est trop petit pour apporter un changement.” (Eric Philippon, Président du FAMAE Challenge)

La session mettant en lumière les entrepreneurs au service de la biodiversité a bouleversé le public tant les différents intervenants ont partagé leurs convictions et leurs engagements forts. A commencer par le discours de Brice Lalonde. L’ancien ministre de l’environnement et ex-conseiller spécial de l’ONU affirme que devenir entrepreneur du changement est une véritable question de survie à l’heure actuelle. Les gros challenges d’aujourd’hui ont besoin d’esprits entrepreneuriaux, efficaces et orientés résultat. Cette nécessité d’agir pour l’environnement est la motivation première de Nicolas Métro, fondateur de l’entreprise sociale Kinomé (l’œil de l’arbre” en japonais). Au travers d’activités de recherche appliquée, de conseil et de gestion de projets, l’entreprise a planté plus de 4 millions d’arbres depuis sa création en 2005 et compte bien continuer à redonner un rôle central aux écosystèmes forestiers dans les sociétés futures. Une mission partagée par Forest Finance, autre acteur de la reforestation au service de modèles économiques durables. Représentée par son directeur général, Frederic Lagacherie, l’entreprise sociale se félicite d’avoir planté plus de 10 millions d’arbres, stocké 2 millions de tonnes de carbone et reversé 7,5 millions d’euros à ses 18 000 investisseurs. Estimée à 15% de la biodiversité totale sur terre, d’autres entrepreneurs ont fait leur priorité de contribuer à la préservation de la biodiversité sous marine en proposant des solutions créatives pour la pêche. C’est notamment le cas de SafetyNet technologies et de Scarti dont les innovations technologiques permettraient de réduire la surpêche grâce à une meilleure sélection des espèces de poissons pêchées et de réduire les dégâts sur les écosystèmes marins.

Nous sommes ressortis plein d’espoir de ces deux journées de conférence, plein d’énergie positive et d’enthousiasme, avec l’envie de continuer à nous investir dans des projets à impact et à penser l’innovation dans notre travail au quotidien chez PUR Projet. Comment aller plus loin, plus haut ? Comment agir plus fort ? Nous avons retenu plusieurs choses : le changement est possible si tous les acteurs se rassemblent, si les gouvernements, les entreprises et les citoyens travaillent main dans le main pour un futur souhaitable. La prise de conscience est une réalité, ancrée dans l’esprit d’une multitude d’acteurs, et même si le passage de l’idée à l’action n’est pas toujours aisé, toutes ces rencontres nous ont conforté dans l’idée que c’était possible. Alors, n’attendons plus, faisons du changement une réalité, maintenant !

 

 

 

 

Eléna Esposto & Benoît Galaup

Eléna et Benoît ont rejoint PUR Projet en 2018, l’une en tant que Chef de projet Communication et Marketing, et l’autre en tant que Chargé de mission projet.

 

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