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L’Amazonie face à la menace de Jair Bolsonaro

TrumpDuterteErdogan Ces dernières années ont vu plusieurs mégalo-mythomanes prendre la tête d’Etats parmi les plus grands du monde. Cela parait d’abord extraordinaire, tant chacun de ces exaltés semble se saborder politiquement à chaque phrase, à chaque tweet, à chaque mot ; ces derniers semblant être une insulte à l’humanité et à l’intelligence. Et pourtant, ce week-end, le Brésil fut le triste théâtre d’une nouvelle victoire de cette catégorie d’hommes politiques.

La présidence de Jair Bolsonaro, élu à 55 % des voix, annonce des temps difficiles pour des millions de Brésiliens. Pour les classes populaires (il a promis de défaire les politiques sociales mises en place par Lula), pour la communauté LGBT (fier d’être homophobe, il a déclaré qu’il aurait préféré avoir un fils tué dans un accident plutôt qu’homosexuel), pour les indigènes (« si cela dépend de moi [] il n’y aura plus un centimètre carré pour les réserves indigènes »), pour les femmes (ouvertement misogyne, il a lancé à une députée qu’elle était « trop moche » pour qu’il « la viole ») Le candidat a scandé haut et fort ses intentions, et je vous renvoie ici à la presse internationale, qui les a très bien relayées, pour plus d’informations. Mais il est un autre aspect de cette élection qui vient directement menacer l’ensemble de la planète : Bolsonaro a déclaré la guerre à l’Amazonie brésilienne. 

Le militaire, très proche du lobby de l’agro-business, semble vouloir lui laisser la main sur les forêts du pays, et cela devrait se traduire par une déforestation massive. Concrètement, il propose de fusionner le Ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement en une seule entité, qui serait au service du secteur productif. Il veut aussi brider les agences publiques environnementales et mettre fin à de nombreuses régulations, qu’il juge être un frein au développement du pays. Il promet par ailleurs de récupérer les terres actuellement gérées par les populations indigènes  qui sont justement celles où l’on constatait les taux de déforestation les plus bas. Enfin, naturellement, il prévoit de sortir de l’Accord de Paris. La couleur est clairement annoncée, et si Boslonaro aura besoin du congrès et du sénat pour modifier le code environnemental , il semble très probable que la déforestation au Brésil reparte en flèche.

Cela serait un drame dont les conséquences dépasseraient l’Etat continent. Les forêts sont incontournables pour limiter le réchauffement climatique : un récent rapport nous indique que leur protection et leur restauration d’ici 2030 fourniraient 18 % de l’effort nécessaire pour atteindre l’objectif de 1.5 degré. La masse sèche de la végétation est composée pour moitié de carbone, et les sols des forêts en contiennent aussi des quantités significatives. Ainsi, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, détruire la forêt a le même impact que brûler du pétrole, l’expropriation des indigènes et la perte de la biodiversité en plus. Et les ordres de grandeur sont considérables : les forêts contiennent plus de carbone que la totalité des réserves exploitables de pétrole, de gaz et de charbon*. 

Vue aérienne de l'Amazonie

L’Amazonie, c’est un tiers des forêts tropicales du monde, et le Brésil, c’est deux tiers de l’Amazonie. Bolsonaro a près d’un quart des forêts tropicales du monde entre les mains. Ainsi, après le rapport du GIEC, cette élection vient encore assombrir les perspectives pour le climat. Mais que faire ? 

En premier lieu, cette élection nous rappelle qu’il est urgent d’investir dans la conservation. D’après un autre rapport du World Economic Forum, les forêts et l’agriculture représentent plus de 30% de la solution pour maintenir le réchauffement sous les 1.5 degré, mais recevraient moins de 3% de la finance mondiale pour le climat. La nature est donc l’absurde parent pauvre de la lutte climatique. Tous les éléments disponibles indiquent que la conservation et l’agroécologie devraient être une priorité dans l’agenda des acteurs publics et privés. Et c’est encore plus vrai pour les acteurs dont les achats ou la production agricole dépendent directement de forêts tropicales, qui ont un rôle essentiel dans la régulation des écosystèmes. De plus, au-delà du carbone et de la production, ces initiatives génèrent de nombreuses externalités positives pour la biodiversité et les communautés locales. 

Enfin, face à la défaillance du gouvernement national, la pression doit venir de l’extérieur. La production brésilienne est en grande part destinée à l’exportation, et seuls les acheteurs peuvent imposer les normes environnementales méprisées par Bolsonaro. Le soja et le bœuf brésilien sont probablement sur le point de devenir la nouvelle huile de palme, et il faudra donc leur accorder le même niveau de vigilance. À chacun de prendre sa responsabilité. Il faudra surveiller les pratiques des acteurs agricoles sur le sol brésilien, et identifier ceux qui profitent de la manne ouverte par Bolsonaro. Ce sera ensuite à chacun, individus comme entreprises, de maîtriser ses achats et d’exiger des garanties, pour faire pression sur l’offre et limiter la destruction du poumon de la planète. 

Espérons que cette présidence soit moins terrible qu’elle ne s’annonce. Pour le Brésil d’abord, qui s’enfonce encore davantage dans une crise politique et sociale après une décennie de rayonnement et d’espoir. Mais aussi pour la forêt et pour le climat, qui sont notre affaire à tous. 

 

 

Arthur PIVIN

Après 2 ans de Conseil en Stratégie RSE, Arthur a rejoint l’équipe PUR Projet en Janvier 2017 en tant que coordinateur des projets. Il est spécialiste de l’Amérique Latine, où il a passé plus de deux ans, et intervient dans toutes les régions d’activité de l’entreprise.

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