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Gilets Jaunes : le pétrole cher est l’avenir de votre pouvoir d’achat !

Tribune de Tristan Lecomte, co-fondateur et président de PUR Projet

Je suis assez attristé du débat public actuellement avec des gilets jaunes qui ont centré leur combat social autour du prix du pétrole. Un sondage récent montre que 62% des français privilégient l’augmentation de leur pouvoir d’achat à la transition énergétique. C’est à mes yeux un grave contresens, car l’augmentation durable de notre pouvoir d’achat, que l’on soit riche ou pauvre, passe nécessairement par la transition énergétique. Je reçois des emails de toute parts disant « oh la France ce n’est que 0,9 % des émissions de Co2 mondiales, alors à quoi bon réduire notre empreinte environnementale,.. ». Ou « la transition énergétique c’est un combat de riches ».

A mon sens c’est l’inverse. La transition énergétique c’est pouvoir se passer du pétrole à terme, c’est innover, créer des millions d’emplois et de nouveaux secteurs d’activité qui vont bénéficier à tous, y compris aux personnes à faible revenu. Un exemple concret dans l’agriculture : si au lieu de continuer à investir massivement dans l’agriculture intensive, très consommatrice de pétrole pour les engrais et les machines et destructrice d’emplois depuis 50 ans, on passe a l’agro-écologie, on réduit notre dépendance au pétrole et aux machines et on a la possibilité de créer des millions d’emplois qualifiés pour une agriculture intensive en travail humain, locale, bio, de saison, saine et savoureuse. C’est le cas aussi dans l’énergie, les transports et de multiples industries. Il faut faire basculer le modele du capital lié au pétrole vers le travail lie aux emplois.

Les nantis et ceux qui dominent le Monde aujourd’hui ont construit leurs richesses sur les hydrocarbures et un modele capitalistique qui nécessite de gros investissements. La transition énergétique à l’inverse consiste à décentraliser l’énergie, en la produisant localement de manière plus ingénieuse et en réduisant ainsi la concentration des pouvoirs.

Vouloir un pétrole pas cher c’est tuer les innovations alternatives car elles seront comparativement plus couteuses à mettre en place. Un pétrole pas cher c’est tout simplement encourager le status-quo et renforcer le modèle des vieilles multinationales qui veulent que rien ne change pour garder leur monopole. Vouloir la transition énergétique c’est ouvrir une brèche ou l’innovation, le travail de l’Homme est mieux valorise, et potentiellement décentralisé, donc avec des richesses mieux reparties.

Défendre un tel point de vue ne veut pas dire défendre les riches, au contraire. Je ne parle même pas ici des pays pauvres qui eux sont encore plus victimes du dérèglement climatique alors qu’ils en sont les moins responsables et les moins bien armés pour y faire face. Un Ethiopien a une empreinte carbone de 100 kilos d’équivalent Co2 / an contre 6 a 10 tonnes pour un Français moyen, donc notre empreinte est a minima 50 fois plus élevée qu’eux, et le message que l’on fait passer c’est « laissez nous continuer a polluer la Planète, détruire vos vies et vos écosystèmes, et nous enfoncer dans un modèle ultra capitaliste fonde sur les hydrocarbures qui met en peril les générations futures ». Un comble non ?

Alors comment faire passer le message et nous réconcilier ? Nicolas Hulot avait appelé son ministère « transition écologique et solidaire » car il avait bien conscience que les deux vont de pair et sont même confondus. Les riches ne pâtiront pas autant du changement climatique que les pauvres et en particulier les plus pauvres. Les riches arriveront à s’adapter, ils en ont les moyens. Les populations les plus pauvres elles non. Au lieu d’opposer riches et pauvres sur le thème de la transition, visons l’unité et attrapons cette opportunité de la transition énergétique pour en faire un axe d’innovation, de création d’emplois et de richesses partagées. Est-ce un mythe ? Peut-être direz-vous mais en tous cas s’y opposer c’est tout simplement continuer de creuser notre tombe dans laquelle les plus pauvres tomberont en premier.

L’Europe et la France avec son modèle social et ses potentialités territoriales et d’innovation sont parmi les mieux placées pour devenir les leader mondiaux de la transition énergétique et bas carbone, fonçons dans cette voie, il n’y en a pas d’autre a mes yeux. Le débat actuel me fait penser à une société obèse qui veut un prix du sucre toujours plus bas pour continuer à se goinfrer jusqu’a la mort. Est-ce la solution ou plutôt de passer à un régime minceur et la stevia, plante au pouvoir naturellement sucrant sans calorie, cultivée en bio ?…

Faire passer ce message est à mon sens essentiel pour éviter de cristalliser le débat public sur ce grave contresens. Vouloir un pétrole pas cher c’est vouloir continuer à condamner les générations futures à une société de riches et sans lendemain. Vouloir un pétrole 2 à 3 fois plus cher, et un prix du carbone a 50 ou 100 euros la tonne c’est le meilleur moyen d’accélérer la transition et de créer des millions d’emplois en France, pour toute la population et pas uniquement les monopoles dont le modèle est fondé sur les hydrocarbures. La vraie révolution sociale est énergétique, pas dans le pétrole, demandez aux agriculteurs en transition…

Certes la transition peut être douloureuse pour les ménages aux revenus réduits et qui dépendent toujours du pétrole, mais plus vite on fera cette transition et plus vite ils ne dépendront plus du pétrole.

En conclusion, je me risque à détourner une phrase de Karl Marx, au nom de la lutte des classes : Gilets jaunes et citoyens de tous les pays, unissons-nous pour un pétrole cher, très cher.

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