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Soutenez l’action d’Almir en Amazonie

Les incendies sont un drame qui se joue tous les jours et dans toutes les forêts du monde depuis 50 ans. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les chiffres de la déforestation, ou la carte des incendies publiée par la Nasa.

Mais les chiffres sont froids, et même exprimés en terrains de foot ils demeurent abstraits ; difficile de de les assimiler, de les éprouver. Surtout depuis une Europe où la forêt primaire a disparu depuis des siècles – mis à part un petit morceau en Biélorussie. Chez PUR Projet, nous avons l’étrange privilège de vivre ce drame à la première personne. La plupart de nos projets en zone tropicale sont situés sur le « front » de la déforestation – c’est-à-dire précisément là où la forêt primaire recule, là où on peut en même temps la voir vivre et la voir brûler.

En allant sur le terrain, nous avons marché sur les cendres de la forêt péruvienne, entendu la symphonie des tronçonneuses dans la jungle de Sumatra en Indonésie, vu des camions chargés de grumes au Honduras et les territoires indigènes saccagés au Brésil. Et surtout, partout, nous avons pu voir le fruit amer et dérisoire de cette destruction : du soja, de la palme, des pâturages ; des terres agricoles immenses et souvent mal exploitées.

Nous allons publier plusieurs récits de développeurs de projet, qui, aux quatre coins du monde, ont été témoins des conséquences de la déforestation. Le premier témoignage est celui d’Arthur Pivin, responsable du projet Povos da Floresta, au Brésil. Depuis 2016, PUR Projet est partenaire de l’association Metareila, dirigée par le chef Almir Narayamoga, qui lutte pour la préservation de la forêt amazonienne et du patrimoine du peuple Paiter Surui. Face aux incendies qui ravagent actuellement la forêt amazonienne, le peuple d’Almir a plus que jamais besoin d’aide.

Si vous souhaitez soutenir la lutte d’Almir et du peuple Paiter Surui, vous pouvez planter un ou plusieurs arbres ici sur le projet Povos da Floresta. Les fonds récoltés grâce à vos dons seront directement reversés à l’association Metareila.

LA DEFORESTATION VUE DU BRESIL PAR ARTHUR PIVIN – TEMOIGNAGE 1/4

Un nuage noir passe sur Sao Paulo, comme un mauvais présage pour l’avenir du monde… Et la forêt prend pour quelques jours la première place dans l’agenda politique mondial. Le monde s’émeut et s’indigne, pourtant cette catastrophe était déjà inscrite en filigrane dans l’élection de Bolsonaro fin 2018, comme je l’avais commenté à l’époque. En effet, si les feux sont courants dans la région à cette époque de l’année, il ne fait aucun doute que l’ancien militaire a une responsabilité décisive dans l’ampleur du désastre. Il avait promis faire de la place en Amazonie, et voilà notre poumon qui brûle dès la première saison sèche de son mandat.

J’étais en juin dernier au Brésil pour une visite chez le peuple indigène Paiter Surui dans l’Etat du Rondônia, aujourd’hui un des plus touché par les feux, et la situation était déjà alarmante. En 1989, 20 ans après un « contact officiel » dramatique qui avait induit des épidémies provoquant la disparition de 95% de leur population, l’Etat brésilien leur avait attribué un « territoire » de 240 000 hectares. Celui-ci est majoritairement composé de forêt primaire, et les Paiter Surui en assurent depuis la gestion à travers leur association Metareila, et sous l’égide de leur porte-parole Almir Narayamoga. En quelques années, ils sont devenus un symbole mondial de la protection de l’Amazonie. Notamment, ils se sont illustrés en utilisant très tôt des outils satellites pour la lutte contre la déforestation, suite à la rencontre d’Almir avec les dirigeants de Google dans les années 2000. La gestion de la forêt par les Paiter Surui a longtemps été un succès, et leur territoire représente un des derniers endroits non déforestés de l’état du Rondônia.

Almir Narayagoma, porte-parole de l’association Metareila

Mais depuis plusieurs mois, « l’effet Bolsonaro » leur rend la tâche impossible. Dès le début de son mandat, le nouveau président s’est attelé à saper les politiques environnementales. Très rapidement, les lois ont été affaiblies, les moyens ont été réduits, et les techniciens aux postes clés ont été remplacés par des militaires qui n’ont ni la volonté ni la compétence pour agir, rendant inutile le recours aux institutions en cas de délit environnemental. Et, au-delà de son action directe, son discours ouvertement anti-environnement et anti-indigène a renforcé la position et la confiance de ceux qui souhaitent abattre la forêt. Bolsonaro répète sans cesse que la forêt est inutile, que sa protection prive futilement les Brésiliens de ressources agricoles et minières, et que les indigènes freinent le développement du pays en occupant trop de terres sans les exploiter. Ces discours véhéments, diffusés massivement sur les chaînes d’information, et légitimés par une victoire présidentielle, ont grisé les opposants de Metareila et ont presque officialisé un principe d’impunité. Depuis la victoire de Bolsonaro, Almir et ses soutiens sont harcelés et menacés de mort pour leur action environnementale, et ils ne bénéficient plus d’aucun soutien ni d’aucune protection de la part des autorités. Par ailleurs, le retrait de la Norvège et de l’Allemagne du Fonds Amazonie leur a coupé les vivres. L’un dans l’autre, ils ont été contraints de renoncer à la plupart de leurs activités de conservation.

DES SOLUTIONS POUR LUTTER CONTRE LA DEFORESTATION

Malgré le GIEC et le bon sens, l’Amazonie brûle plus fort que jamais, et elle s’est muée cet été en théâtre de l’absurde pour la représentation spectaculaire d’un drame historique et mondial. Ce qui disparaît en ce moment ne reviendra jamais – il faut 700 ans à une forêt primaire pour se former. En revanche, les récents évènements nous donnent peut-être des indices précieux sur comment agir face à la déforestation. En tant que citoyen ou en tant qu’entreprise, les leviers d’action existent.

Limiter la consommation / l’importation de produits issus de la déforestation et revoir sa politique d’approvisionnement

D’abord, les récents événements ont confirmé que la pression citoyenne, en poussant les politiques à l’action, est indispensable pour donner une voix à la forêt. Ensuite, il semble que l’argument économique soit définitivement notre meilleure arme à court terme. Selon le WWF, la France importe chaque année 3,5 millions de tonnes de soja du Brésil, qui assure 37% de la consommation européenne, donc nous avons le pouvoir de mettre des exigences sur la production brésilienne. Diminuer la demande, donc la valeur marchande, des produits issus de la déforestation, réduira mécaniquement la pression sur la forêt. Cela signifie, d’une part, diminuer la demande globale pour les produits qui peuvent être issus de la déforestation : bœuf pour l’Amazonie, mais aussi l’huile de palme, le bois exotique, etc. Et d’autre part, être vigilant dans la consommation de ces produits-là : rechercher des labels ou identifier des marques qui prennent de réels engagements contre la déforestation. L’un dans l’autre, il faut rendre invendable le fruit des cendres de la forêt.

Financer la conservation des forêts et la reforestation, et promouvoir l’agriculture durable

Enfin, il est urgent d’investir pour la forêt à la hauteur de sa valeur réelle, de se donner les moyens de la conserver. Si la forêt primaire attire des capitaux, et si son intérêt économique est démontré, même Trump et Bolsonaro voudront la conserver. Financer d’abord la conservation, par exemple en soutenant des associations locales comme celle des Paiter Surui, et les projets de protection de la forêt qui existent partout dans le monde et qui ont souvent du mal à se financer. En outre, il s’agit de projets qui génèrent de nombreux co-bénéfices sociaux et environnementaux. Financer aussi la reforestation, qui permet à la fois de limiter la pression sur la forêt restante, et de régénérer des terres dégradées. Promouvoir enfin l’agriculture durable en général, car la production agricole est bien la cause principale de la déforestation.

L’Amazonie a besoin de vous ! Vous pouvez planter un ou plusieurs arbres ici sur le projet Povos da Floresta. Les fonds récoltés grâce à vos dons seront directement reversés à l’association Metareila.

 

 

 

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