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Corsica Ferries, pionnier du transport maritime durable

Une entrevue reportée et écrite par Tristan Lecomte, co-fondateur et président de PUR Projet

Pierre Mattei, PDG du groupe Corsica Ferries peut être fier de la croissance et réussite de l’entreprise qu’il dirige depuis près de 20 ans. Avec 78 % de parts de marché du transport passagers vers la Corse et 20 % du fret, Corsica Ferries est leader sur son marché. Mais ce dont Pierre Mattei est le plus fier, c’est l’engagement pionnier de Corsica Ferries, depuis plus de 10 ans, pour la transformation du secteur maritime vers un modèle durable. Un transport maritime durable, rêve ou réalité ? Quel est ce modèle ?

Pour Pierre Mattei, la vision et stratégie du groupe  est divisée en trois volets complémentaires.

Le premier volet est centré sur la réduction des émissions de la flotte, sur l’entretien des navires, les moteurs et les peintures sur la coque qui améliorent la performance du navire. L’optimisation des routes de navigation, de l’assiette du bateau, l’utilisation des courants et la réduction des escales par exemple. Corsica Ferries a ainsi réduit de 10 % ses émissions de 2018 a 2019, en particulier grâce à l’optimisation du remplissage des navires.

Le deuxième volet est la compensation carbone des émissions résiduelles de la flotte, en proposant aux passagers de participer à un programme de compensation carbone forestier en Amazonie Péruvienne. Celui-ci est en place depuis plus de 8 ans. Près de 100 000 voyageurs (environ 5% des passagers) souscrivent ainsi chaque année à ce programme de compensation optionnel.

Les fonds financent des plantations forestières et agroforestières en partenariat avec de petits producteurs agricoles au Peru, les arbres plantés séquestrent le carbone et génèrent de multiples autres bénéfices sur les sols, l’eau, la biodiversité et les revenus des fermiers. Le projet est suivi sur 40 ans.

Corsica Ferries, du fait de son ancrage local a aussi décidé de financer la plantation d’arbres en Corse, en partenariat avec des agriculteurs et apiculteurs. L’idée étant d’agir tant au niveau global que local pour le climat et les parties prenantes locales.

La réduction et la compensation des impacts doit à présent s’étendre à tous le secteur maritime. Celui-ci a déjà avancé sur plusieurs normes restrictives comme la convention internationale sur la réduction du taux de souffre dans les fumées des navires. Différents armateurs comme CMA-CGM, commencent à s’engager et proposer la compensation carbone volontaire à leurs clients, comme un service faisant partie de leur fonction d’armateur. L’avenir de ce secteur passera certainement par une régulation obligeant les transporteurs à compenser leur empreinte.

Le troisième volet consiste à sortir des énergies fossiles pour le secteur maritime. Celui-ci est le plus complexe, coûteux et long terme. Il est lié à la coordination de parties-prenantes multiples, en particulier du secteur financier et industriel, mais aussi des régulateurs publics.

La recherche et le développement sur des navires alimentes aux énergies renouvelables (solaire, éolien,..) ou via une pile à hydrogène embarquée, produite à base d’énergie renouvelable, représentent des investissements colossaux et des perspectives de solutions uniquement à moyen-long terme.

« Aujourd’hui nous sommes encore face à certaines contradictions et blocages que nous ne pouvons lever seuls. Nous ne sommes qu’armateurs, pas constructeurs de bateaux, financiers ou régulateurs. La transformation du secteur y compris des ports passe par la co-construction. A Ajaccio par exemple, brancher un navire à l’électricité du port est plus émetteur que de rester en autonomie car l’électricité du port est produite à base de fioul lourd alors que le bateau tourne au gasoil léger.  Changer cela est du ressort des autorités publiques locales. A ce titre, il y a une vraie prise de conscience et mobilisation des pouvoir publics, en particulier en Méditerranée et en Corse. C’est très encourageant, mais il faut accélérer la transition » martèle Pierre Mattei.

 

Au niveau national, les armateurs français ne sont pas en reste et collaborent avec le ministère des transports pour la mise en oeuvre de normes et des expérimentations sur l’utilisation du GNL, de l’éthanol et la protection des cétacés, le secteur perçoit clairement qu’il va devoir se transformer pour perdurer. Au niveau global le secteur maritime doit réduire ses émissions de 50% a horizon 2030 par rapport a 2008 et vise la neutralité carbone en 2050. C’est un gigantesque défi,

Le transport par bateau et train depuis Paris pour la Corse est certes plus environnemental que de prendre sa voiture ou l’avion, c’est déjà un acquis et un atout pour Corsica Ferries. L’exemple de Greta Thunberg se déplaçant en bateau à voile pour la semaine du climat à New York serait-il un signe avant coureur du fait que le transport maritime est l’avenir ? La « honte de voler » peut-elle entrainer le secteur maritime passagers à se développer fortement ?

Pierre Mattei en est convaincu: « plus ce secteur sera vertueux, plus il confirmera son potentiel de croissance« . Corsica Ferries entend ainsi continuer à faire figure de pionnier en terme d’engagements environnementaux. Une nouvelle preuve que performances environnementale et économique sont intimement liées.

 

Tristan LECOMTE – Fondateur de PUR PROJET

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